Les contrles migratoires au Canada:

le triomphe du discours scuritaire et nolibral

Sophie Dorais

Lexemple du Canada dmontre que face aux forces de la globalisation et lafflux croissant de demandeurs dasile, ltat a, dans la dernire dcennie, su raffirmer sa souverainet par la mise en place de contrles plus svres lendroit des demandeurs dasile. La plupart de ces stratgies de contrle sont enchsss dans la Loi sur lImmigration et la Protection des Rfugis[1] entre en vigueur le 28 juin 2002 alors que dautres font lobjet de politiques indpendantes. Mus principalement par les idologies nolibrales et scuritaires, ces contrles contribuent lrosion de la protection des rfugis. Peu dentre nous nosent nanmoins contester leur lgitimit thique.

Le contrle par ltat du mouvement des personnes qui tentent de pntrer le territoire national constitue lun des fondements de la souverainet tatique. Contrairement aux immigrants slectionns partir de ltranger, les demandeurs dasile savrent plus aisment perus comme une menace la souverainet nationale puisque simposant physiquement sur le territoire du pays hte. Ils se retrouvent symboliquement et effectivement au cur des tensions entre globalisation et rsistance souveraine de tats.

Linfluence du nouvel environnement scuritaire international, de la libralisation conomique et de la globalisation des droits humains sur ltat Nation nquivaut pas une rduction du pouvoir de ce dernier.[2] Face cette ascendance, le Canada, tout comme la plupart des tats occidentaux, a ragi par la mise en place de nouvelles stratgies visant contrler lentre des demandeurs dasile et permettant de contourner les normes humanitaires internationales[3]. Louverture des frontires au libre commerce saccompagne de leur fermeture croissante ces exils jugs indsirables.[4]

1. Limpact du nolibralisme et du discours scuritaire international :

A partir des annes 80, ltat canadien ragi progressivement, comme la plupart des tats occidentaux, en souscrivant la tendance internationale selon laquelle lafflux des demandeurs dasile constitue dabord une menace la scurit nationale[5]. Le climat scuritaire de laprs-guerre froide transforme limmigration illgale en une potentielle source de terrorisme et introduit lide que ltat doit contrler de manire plus serre lentre des demandeurs dasile[6] provenant des pays non occidentaux[7] bien que sil existe, le vritable lien entre rfugis et terrorisme reste tout fait marginal.[8]

Lexacerbation des identits culturelles en raction la globalisation a suscit la monte et laffirmation dun nationalisme qui se construit contre ltranger et peut conduire des attitudes xnophobes.[9] Ce repli identitaire participe la cration du nouveau climat scuritaire selon le lequel laxisme au frontire met en danger les canadiens.[10] La rumeur voulant que certains des auteurs des attentats du 11 septembre perptrs aux tats-Unis proviennent du Canada[11] a contribu cristalliser, dans lopinion publique, lide que des terroristes abusent du systme de dtermination du statut de rfugi. La mise en place de contrles plus restrictifs lendroit des demandeurs dasile a gagn la faveur populaire.[12] Ce sentiment a t aliment par plusieurs critiques provenant du monde politique et reproduit par les mdias.[13] La trop grande porosit des frontires et la gestion laxiste du systme dimmigration ont aussi t remises en question par plusieurs pays, et plus particulirement, les Etats-Unis.[14]

Ce changement de paradigme scuritaire saccompagne dune adhsion de ltat canadien certains principes nolibraux. Le dclin de popularit du modle de ltat Providence et lemphase mise sur limportance de contrler le dficit et datteindre un budget quilibr en rduisant les dpenses publiques, exacerbs par les thses des penseurs no-classiques[15], a emmen le gouvernement douter de sa capacit concilier approche humanitaire envers les demandeurs dasile et prosprit conomique[16]. Vers le milieu des annes 90, il rduit significativement les ressources et leffectif consacrs au traitement des demandes des revendicateurs du statut de rfugi.[17] Suite aux attentats du 11 septembre, ces ressources ont t raffectes au renforcement des contrles migratoires.[18]

La volont du gouvernement de maintenir une position comptitive lchelle internationale a contribu alimenter la perception quil importe de privilgier la venue dune catgorie dimmigrants juge plus  profitable  lconomie nationale au dtriment des demandeurs dasile.[19] Ces considrations prdisposent le gouvernement faciliter lentre des travailleurs dont lindustrie a ponctuellement besoin et de certains immigrants dont la formation scolaire et professionnelle est considre reprsente une valeur ajoute lconomie nationale.

Depuis les attentats du 11 septembre, ltroitesse du lien se tissant entre impratifs nolibraux et proccupations scuritaires est devenue encore plus manifeste, mme au Canada. Louverture des frontires commerciales et la volont dintgration hmisphrique augmentent la vulnrabilit de ltat canadien aux pressions politiques des autres pays avec qui il transige et plus particulirement, aux exigences amricaines en matire de scurit. Bien que les inquitudes des amricains sur le laxisme scuritaire des autorits canadiennes datent de plus dune dcennie[20], les attentats ont fourni une occasion daugmenter les pressions afin que le Canada adopte, la mode amricaine, des mesures plus restrictives lendroit des demandeurs dasile.[21]

La menace dun blocage des frontires a constitu largument principal afin de forcer le gouvernement canadien obtemprer. La mise en pril de sa prosprit conomique a contribu convaincre le gouvernement quil importait de prendre au srieux les critiques de son voisin amricain.[22] Des acteurs du monde des affaires et du monde politique ont aussi exerc des pressions pour que le Canada satisfasse aux exigences amricaines.[23]  Les lobbies reprsentant les intrts des acteurs conomiques pour qui un ralentissement aux frontires aurait des rpercussions financires astronomiques ont exhort le gouvernement privilgier les orientations politiques restrictives.[24] Ce discours a t rcupr par les premiers ministres de plusieurs provinces[25] et dautres politiciens de la scne fdrale.[26]

 

2. Les stratgies de contrle de ltat canadien

Ltat canadien a ragi ces impratifs nolibraux et scuritaires et laccroissement de lafflux des demandeurs dasile cherchant refuge au pays par llaboration et la mise en oeuvre de nouveaux mcanismes de contrle et par le perfectionnement de mcanismes existants. Ils sinscrivent au sein des stratgies gnrales de disqualification et de responsabilisation des demandeurs dasile, de responsabilisation des acteurs privs et de coopration inter et intra tatique.

Ces mesures ont eu comme consquence la rduction significative de lentre des demandeurs dasile sur le territoire canadien. Le nombre total de revendicateurs du statut de rfugi au Canada est pass de 27 910 en 2001 25 981 en 2003[27]. En 2005, ce nombre a atteint 19 624, soit un taux infrieur celui mme qui prvalait en 1989, lanne de la mise en fonction de lactuel systme de dtermination du statut de rfugi.[28]

Laccord du tiers pays sr, entr en vigueur le 29 dcembre 2005 qui interdit laccs aux revendicateurs du statut de rfugi en provenance des tats-Unis, contribue de manire prpondrante, cette baisse drastique.[29] Les revendicateurs du statut de rfugi en provenance de lAmrique Latine savrent les plus touchs par cette nouvelle mesure puisque leur parcours migratoire implique gnralement un passage par les tats-Unis. Les Colombiens ont particulirement t affects. En 2004, la Colombie constituait le pays duquel provenait le plus grand nombre de revendicateurs de statut de rfugi au Canada.[30] En 2005, lon notait une baisse drastique des demandes colombienne, avec 1075 revendications enregistres en 2005 par rapport 3635 en 2004, soit une baisse denviron 70%[31], alors que les motifs de perscution les poussant fuir leur pays sont pour leur part, loin davoir disparus.

A. Stratgie de disqualification des demandeurs dasile 

Ltat canadien a renforc certains mcanismes de contrle et en a dvelopp de nouveaux permettant de disqualifier juridiquement certains demandeurs dasile, les empchant ainsi de pntrer le territoire national et de revendiquer le statut de rfugi. En construisant les normes dadmission au pays et en en dfinissant ses limites, ltat peut exclure les demandeurs dasile quil considre indsirables, exerant ainsi sur eux un contrle qui stend au-del mme des frontires nationales.[32] Les mcanismes de contrle de disqualification mis en uvre sinscrivent dans un continuum temporel et gographique fournissant ltat la possibilit de filtrer les demandeurs dasile diffrentes tapes de leur priple vers le Canada. Parce quils contreviennent aux normes tablies, ces derniers risquent, avant de pouvoir raliser leur projet migratoire, de se retrouver bloqus dans leur pays dorigine mme, durant leur voyage, aux zones frontalires ou une fois parvenus lintrieur du Canada.

Dans les dernires annes, ltat canadien a renforc les mcanismes permettant de stopper les demandeurs dasile jugs indsirables avant mme que ces derniers ne parviennent se rendre sur le territoire national. Suite aux attentats du 11 septembre, Citoyennet et Immigration Canada laborait la  Stratgie des frontires multiples [33] qui roriente les contrles de manire mettre plus demphase sur la disqualification extra territoriale des demandeurs dasile[34].

Limposition de visas dans les pays gnrateurs de rfugis rduit le nombre de demandeurs dasile qui arrivent se rendre au pays. En valuant individuellement les demandes des requrants, ltat peut, sa discrtion, disqualifi un individu quil considre indsirable[35]. Aprs les attentats du 11 septembre, le gouvernement canadien a ajout huit pays la liste des cinquante pays dans lesquels cette mesure tait dj impose. Six de ces pays, soit Grenade, la Dominique, Kiribati, Nauru, Tuvalu, Vanuatu, sont des les des Antilles et du Pacifique accueillant des demandeurs dasile interdits de territoire en Australie ou dans lesquelles il est facile dobtenir des passeports falsifis et qui peuvent par consquent devenir des points de transit vers le Canada et les tats-Unis[36]. Les deux autres pays, la Hongrie et le Zimbabwe, se classaient respectivement, en 2001, au premier et au quatrime rang des principaux pays de provenance des demandeurs dasile[37]. La liste actuelle des pays pour lesquels un visa dentre est requis slve maintenant 147 tats, laquelle sajoute lautorit palestinienne[38]. Puisque lobtention dun visa est conditionnelle la prsentation dun titre de voyage ou dun passeport valide, certains demandeurs dasile qui nosent solliciter un tel document aux autorits de leur tat par crainte de rpression se voient dans limpossibilit de quitter leur pays dorigine[39].

Plusieurs personnes incapables dobtenir un visa pour cette raison ou suite un refus devront tenter de quitter le pays avec des documents falsifis. Ltat canadien a par consquent prvu des mcanismes de contrle facilitant linterception extraterritoriale des demandeurs dasile qui essaient de pntrer le Canada avec de faux documents didentit ou de voyage. Laugmentation du nombre dagents dimmigration posts ltranger, lamlioration de la coopration entre ces derniers et les employs des services ariens ainsi que le dveloppement dune expertise permettant de dtecter plus aisment les faux documents[40] ont contribu la diminution substantielle du nombre des demandeurs dasile inadquatement documents parvenant se rendre aux frontires du pays.

Ltat canadien renforce aussi les mcanismes de contrle disqualifiant les demandeurs dasile qui se prsentent aux douanes des aroports internationaux ou aux postes frontaliers du Canada, ou encore, qui revendiquent le statut de rfugi aprs tre parvenus entrer illgalement sur le territoire. En dplaant les contrles de scurit des demandeurs dasile (prises dempreintes digitales, photographies et dcision sur ladmissibilit) au tout dbut du processus de dtermination du statut de rfugi[41] et en augmentant le nombre dagents dimmigration chargs dexcuter ces contrles[42], ltat peut bloquer laccs un plus grand nombre de demandeurs dasile considrs menaant pour la scurit nationale.

Laccord du tiers pays sr constitue la forme de contrle permettant dexclure le plus grand nombre de demandeurs dasile au Canada[43]. Cet accord permet de dnier laccs aux demandeurs dasile en provenance des tats-Unis, lexception des mineurs, des individus possdant des membres de la famille lgalement admis au Canada ou en provenance dun pays pour lequel le Canada a temporairement suspendu le renvoi[44]. Il vise empcher ce qui a communment t appel l asylum shopping  en dclarant ltat partie scuritaire et en forant le demandeur dasile revendiquer le statut de rfugi dans le premier pays signataire physiquement rejoint, sans tenir compte de sa volont propre[45].

Au Canada, le concept de tiers pays sr a t promu au par le parti Conservateur partir des annes 80. En 1988, le principe est introduit par un amendement de la loi sur lImmigration alors en vigueur[46], bien quil ne soit pas mis en application. Suite aux attentats du 11 septembre, des ngociations en vue de la ratification le lAccord avec les tats-Unis sont entames. Le 12 dcembre 2001, la  dclaration dune frontire sre et intelligente [47] qui engage entre autres les parties initier une plus grande collaboration en matire de scurit et dimmigration entre les deux pays est signe par John Manley, lpoque ministre des Affaires trangres et Tom Ridge, alors gouverneur. Une premire version de lentente du tiers pays sr est ratifie par les deux pays le 28 juin 2002[48]. Une version initiale des rglements est pr publie le 26 octobre 2002[49]. Le projet de loi qui permettra dentriner lAccord sera prsent au parlement le 2 dcembre 2002. Laccord est officiellement sign le 5 dcembre 2002[50] et entre en vigueur le 29 dcembre 2004[51] Par ailleurs, ltat oblige dornavant les rsidents permanents dtenir une carte didentification standardise comprenant une photo, qui doit tre prsente larrive au pays[52]. Il peut ainsi bloquer lentre plusieurs demandeurs dasile[53] qui, pour pntrer le territoire, empruntaient lidentit dautres rsidents permanents[54].

Les agents dimmigration possdent aussi le pouvoir discrtionnaire dinterdire de territoire tout tranger qui se prsente au pays, et fortiori, tout demandeur dasile. Tout en ritrant des catgories dinadmissibilit prsentes dans lancienne loi, la Loi sur lImmigration et la Protection des Rfugis ajoutent de nouveaux motifs dinterdiction de territoire, tel que celui pour criminalit organise[55]. Le fait  dtre membre d'une organisation dont il y a des motifs raisonnables de croire qu'elle se livre ou s'est livre des activits faisant partie d'un plan d'activits criminelles organises par plusieurs personnes ()  [56] permet ltat de refuser lentre dun tranger sur le territoire canadien. La loi veut aussi dcourager la criminalit transnationale en menaant dinterdiction de territoire tout individu  qui se livre des activits telles le passage de clandestins, le trafic de personnes ou le recyclage des produits de la criminalit [57]. De plus, les trangers qui effectuent une fausse dclaration au ministre de la Citoyennet et de lImmigration, directement ou par le biais dune personne qui les reprsente, seront aussi, selon la nouvelle loi, exclus du territoire canadien[58]. Cette exclusion sera maintenue durant deux ans[59].

Selon la nouvelle loi, peuvent aussi tre exclus les trangers qui ont occups des postes levs dans la hirarchie de gouvernements  qui, de l'avis du ministre, se livre ou s'est livr au terrorisme, des violations graves ou rptes des droits de la personne ou commet ou a commis un gnocide, un crime contre l'humanit ou un crime de guerre  [60] ou dont lentre ou le sjour est limite par limposition dune sanction dune organisation internationale dont le Canada est membre, si le Canada a approuv cette sanction.[61] Les trangers qui commettent une infraction en tentant dentrer sur le territoire canadien peuvent dornavant aussi tre interdits de territoire.[62] Linterdiction de territoire peut entraner une mesure de renvoi qui, lorsquelle est effective, permet ltat de forcer un individu quitter le territoire national.[63] Une mesure de renvoi dcrte contre un demandeur dasile devient nanmoins effective seulement si ce dernier est dclar irrecevable au processus de dtermination de rfugi[64], au moment ou le statut de rfugi lui est refus ou que sa demande de contrle judiciaire est rejete.[65]

Ltat peut aussi disqualifier un demandeur dasile du processus de dtermination du statut de rfugi en dclarant sa demande irrecevable.[66] La loi favorise dornavant la disqualification plus rapide de certains demandeurs dasile en imposant un dlai maximal de trois jours lagent dimmigration pour juger de la recevabilit de sa demande, partir du moment ou celle-ci est effectue alors que lancienne lgislation nimposait aucune limite de temps.[67]. La Loi sur lImmigration et la Protection des Rfugis prescrit de plus de nouvelles catgories dirrecevabilit, ce qui donne dornavant ltat le pouvoir dexiger le dpart des demandeurs dasile interdits de territoire pour des motifs de grande criminalit[68], de scurit ou de violation des droits humains,[69] sans que ces derniers naient le droit de faire entendre leur histoire devant la Commission de lImmigration et du Statut de Rfugi. Cette nouvelle catgorisation rend aussi automatiquement les demandes de participants des rseaux de passeurs ou de trafiquants dtres humains irrecevables.[70]

Le ministre peut dposer un certificat contre un tranger ou un rsident permanent quil considre faisant partie de lune de ses catgories dinterdiction de territoire.[71] La Cour Fdrale possde une faible marge de manuvre pour rvoquer lmission dun tel certificat puisque sa dcision doit reposer sur les standards restreints du  caractre raisonnable  de son mission[72]. Aux termes de la nouvelle loi, une demandeur dasile contre qui un juge a maintenu la dcision dmettre un certificat de scurit perd le droit tout recours dvaluation de son risque de protection[73] et se voit contraint par ltat de quitter le pays.[74] Une requte allguant linconstitutionnalit des certificats de scurit, dans le dossier dAdil Charkaoui sera dailleurs entendu par la Cour Suprme du Canada en juin 2006.

B. Stratgie de responsabilisation :

Une autre stratgie utilise par ltat canadien consiste favoriser une plus grande responsabilisation des acteurs non tatiques dont la collaboration aux politiques facilite le contrle des demandeurs dasile. Cette stratgie tatique qui incorpore de nouveaux acteurs privs afin daugmenter lefficacit des contrles a couramment t utilise par les dmocraties librales partir des annes 80 et 90[75]. Par des mcanismes de dissuasion et limposition de sanctions, cette forme rinvente de gouvernance permet ltat de dlguer une partie de la responsabilit des contrles migratoires des acteurs qui restent sous son gide, tout en raffirmant sa souverainet.[76] Ces mcanismes sadressent principalement aux demandeurs dasile mmes, aux individus qui facilitent leur venue sur le territoire et aux compagnies ariennes. Ltat canadien a aussi procd un transfert de responsabilit linterne.

Certains mcanismes de contrle responsabilisent les demandeurs dasile placs dans une situation dirrgularit, irrgularit construite par ltat mme. Ces deux mcanismes principaux sont la dtention ou la dportation. La dtention et la dportation constituent les formes les plus svres et extrmes de pnalits envers les demandeurs dasile.[77] La dtention des demandeurs dasile selon la Loi sur lImmigration et la protection des rfugis constitue en principe une mesure administrative. Elle comporte nanmoins plusieurs similarit avec la dtention des criminels de droit commun, tels que limposition de mesures disciplinaires en cas de non coopration et lutilisation de menottes lors du transport des dtenus.[78] Les personnes dtenues pour des raisons dimmigration ne bnficient nanmoins pas de la mme protection procdurale que les criminels de droit commun. La prsomption dinnocence nexiste pas puisque que ces personnes sont dtenues sans tre entendus par un tribunal au pralable, bien que les motifs de leur dtention seront ensuite rviss par le tribunal administratif de la Commission de lImmigration et du Statut de Rfugi. Contrairement aux criminels de droit commun, les personnes dtenues pour des motifs dimmigration ont le fardeau de prouver, lors de laudience, quils ont rempli les conditions de leur libration.[79].

La loi sur lImmigration et la Protection des Rfugis confre aux agents de limmigration le pouvoir discrtionnaire darrter sans mandat et de dtenir un demandeur dasile qui se trouve au frontire ou sur le territoire canadien s il a des motifs raisonnables de croire que celui-ci est interdit de territoire et constitue un danger pour la scurit publique ou se soustraira vraisemblablement au contrle, l'enqute ou au renvoi, ou la procdure pouvant mener la prise par le ministre d'une mesure de renvoi () .[80] Elle donne aussi le pouvoir aux agents darrter sans mandat un demandeur dasile qui se trouve sur le territoire canadien sil nest pas satisfait de son identit.[81] Lancienne loi ne confrait ce pouvoir aux agents que sur les demandeurs dasile se trouvant un point dentre du pays[82]. Ltat canadien a donc resserr ltau de ce contrle en rendant le demandeur dasile plus vulnrable larbitraire de lagent dimmigration. En 2003, 90% des personnes dtenues pour des raisons dimmigration ltaient pour  risque de fuite [83], une catgorisation vague, laissant place larbitraire de lagent. Daprs les observations dAction Rfugis Montral, un organisme que offre des services aux personnes dtenues pour des raisons dImmigration Montral, la dtention pour des raisons didentit constitue actuellement le motif le plus commun de dtention au Qubec. La dtention pour motifs didentit pnalise particulirement les revendicateurs du statut de rfugi puisque le fait de demander leurs documents didentit aux autorits de leur pays dorigine risque dans certains cas de mettre leur vie ou celle de leur famille en danger.

Ladoption de la Loi sur lImmigration et la Protection des Rfugis permet aussi de garder plus longuement en dtention les individus arrts pour des raisons didentit, de scurit ou pour avoir commis des crimes de guerre. Suite un contrle judiciaire pass les premires 48 heures[84] et une autre aprs sept jours[85], le demandeur verra sa dtention rviser chaque mois[86] alors que dans lancienne lgislation, ces contrles avaient lieu aprs chaque semaine.[87] Bien quen thorie, une personne dtenue puisse faire avancer la date de laudience si a obtenu de nouveaux document lui permettant de remplir ses exigences de libration, par manque de ressources ou de conseils adquats, plusieurs ne senqurront pas de cette possibilit.[88]

Dans les dernires annes, ltat Canadien a mis plus demphase sur cette pratique restrictive[89]. En cinq ans, soit de 1997 2002, le nombre annuel dindividus dtenus au Canada pour des motifs relis lImmigration est pass de 6401 11 509, ce qui constitue une augmentation denviron 41% [90]. En un an seulement, le nombre de dtention a significativement augment, passant atteignant 13 413 pour lanne 2003-2004[91]. En 2003, le nombre total de jours de dtention pour lensemble des demandeurs dasile tait de165 070, une augmentation de 17% par rapport lanne prcdente[92].

Le mcanisme ultime de contrle physique des demandeurs dasile qui se trouvent sur le territoire canadien constitue la dportation. Elle confre ltat le pouvoir absolu de renvoyer de son territoire un demandeur dasile quil estime indsirable. En 6 ans, soit de 1995 2002 le nombre dindividus par anne dports du territoire canadien est pass de 4798 8434[93].

La dportation reste pour ltat un mcanisme de contrle de dernier recours puisque les cots conomiques et politiques qui y sont associs ont, dans les dernire annes, augments. Citoyennet et Immigration Canada a exprim la difficult croissante quil rencontrait dans lutilisation de ce mcanisme ainsi que la rticence de plus en plus grande des compagnies ariennes cooprer ce type de contrle. Ltat privilgie dornavant des dportations cibles sur des individus quils considrent constitus un grave danger pour la scurit du pays[94].

Ltat canadien raffirme aussi sa souverainet en matire de contrle migratoire en renforant les mcanismes permettant de pnaliser les individus qui aideraient les demandeurs dasile contrer les mesures de contrle mis en place en pntrant illgalement le territoire national. Ces mesures visent, selon le lgislateur, empcher le trafic dtres humains et lexploitation des demandeurs dasile par des contrebandiers sans scrupule. Elles contribuent nanmoins aussi bloquer laccs un nombre significatif de demandeurs dasile pour qui lentre illgale et le recours aux passeurs ou une quelconque forme daide organise, dans un contexte ou les contrles savrent de plus en plus serrs, constitue le seul moyen dentrer au pays. La Loi sur lImmigration et la Protection des Rfugis augmente la peine maximale pour les particuliers qui organisent une entre illgale au Canada dun seul individu[95] ou dun groupe de personnes[96] et sanctionne plus svrement la rcidive.[97] La nouvelle loi punie aussi dornavant le trafic de personnes.[98] Ltat met de plus en place un mcanisme afin de responsabiliser les compagnies de transporteurs prives dans ce contrle des demandeurs dasile. La loi sur lImmigration et la Protection des Rfugis prvoit des dispositions obligeant les transporteurs sassurer quelles nembarquent aucun passager inadquatement document et quelles prennent en charge les passagers jusqu ce que leur rgularit soit contrle par ltat, leur arrive sur le territoire canadien.[99]

Le gouvernement canadien accrot aussi son autorit en favorisant une dcentralisation du pouvoir au sein mme de ltat, remplaant ainsi un modle de gestion traditionnellement hirarchique. Cette dcentralisation ne semble par concorder avec une perte de pouvoir du gouvernement central, mais lui permet au contraire dexercer, par lextension de ses embranchements, un meilleur contrle sur les demandeurs dasile. En restructurant ses pouvoirs, ltat sassure un plus grande efficacit et raffirme sa souverainet.

Le 12 dcembre 2003, la cration de lAgence des services frontaliers du Canada a permis Citoyennet et Immigration Canada de transfrer la plupart des responsabilits et la gestion des oprations visant lexcution de la loi sur lImmigration et la Protection des Rfugis et de son rglement[100]. La nouvelle agence est dornavant responsable des services de renseignements et de linterception ltranger[101] et des bureaux chargs de lapplication de la loi qui se trouvent dans les mtropoles de Toronto, Vancouver et Montral[102]. Elle est aussi en charge de la gestion locale  du renseignement et de l'excution de la loi, des renvois, de la dtention, des enqutes, de l'examen des risques avant renvoi, des audiences, des appels, des interventions et des crimes de guerre .[103]

La Loi sur lImmigration et la Protection des Rfugis accorde aux agents de limmigration une plus grande discrtion Cette dlgation permet daccrotre lefficacit des politiques en pargnant au gouvernement la lourdeur bureaucratique du contrle de ses propres employs. La nouvelle Agence de Service Frontalier a aussi augment le pouvoir que possde son personnel post ltranger. Dornavant appels les  agents en intgrit des mouvements migratoires [104], ces employs sont mieux quips pour intercepter les voyageurs qui ne possdent pas les documents requis.[105]

C. Stratgie de coopration :

Afin de raffirmer son contrle sur le mouvement des demandeurs dasile, ltat canadien favorise aussi une plus grande coopration entre ses propres employs, avec les autres agences de renseignements ainsi quavec les autres tats. Si, par lutilisation de cette stratgie, ltat a en apparence perdu de son autonomie daction, il a, dans les faits, dcupl son autorit et son pouvoir de contrle face aux demandeurs dasile.[106]

Afin dassurer un meilleur contrle de ses frontires, ltat canadien a mis en place des mcanismes favorisant une gestion plus efficace de la collecte et du partage des renseignements portant sur les trangers tentant de pntrer le territoire canadien. Cette collaboration sest accentue entre les diffrentes agences tatiques mais aussi, avec les partenaires privs et les services de renseignements dautres tats. Ltat favorise le partage des renseignements entre les  agents dintgrit des mouvements migratoires  posts ltranger et les compagnies de transport arien, les autres ministres, les partenaires dautres pays et les agences nationales de renseignement, afin de contrer limmigration construire comme clandestine[107].

Le gouvernement a aussi cr la Direction gnrale du renseignement qui fait partie de la nouvelle Agence des services frontaliers. Cet organe centralise lexpertise et linformation servant dtecter la fraude sur les documents de voyage. Il est aussi en charge de transfrer cette expertise aux agents responsables de lapplication de la loi ainsi quaux autres ministres et partenaires locaux et internationaux qui participent au contrle des trangers.[108] Les units de renseignements qui font aussi maintenant partie de la nouvelles Agence de Scurit Frontalire[109] collaborent troitement avec les Services de Renseignements et de Scurit Canadiens[110] et les agents des services dimmigration amricains[111] afin didentifier les individus savrant, au sens de la loi, inadmissibles. En 2003, la mise ne place de  lunit danalyse commune des passagers  a favoris le partage des informations des touristes qui voyagent par ou via les tats-Unis[112]. En 2002, Citoyennet et Immigration Canada et la Gendarmerie Royale du Canada ont mise en place un systme permettant dchanger plus rapidement et dans un format dune meilleure qualit les empreintes digitales des potentiels terroristes ou clandestins tentant de pntrer le territoire de ltat[113]. En 2003, un systme lectronique de gestion lchelle stockant les donnes et linformation pour retracer les individus contrevenant la nouvelle loi sur limmigration ou posant un danger pour la scurit nationale a aussi t mis en place[114].

Par la coopration avec dautres tats, le Canada raffirme sa souverainet nationale et amliorant son pouvoir de contrler les demandeurs dasile. La collaboration avec les tats-Unis a particulirement t renforce. Mais le Canada sest aussi engag dans des partenariats bilatraux avec dautres tats ainsi que dans des forums de coopration multilatraux.

Depuis le 11 septembre, les efforts dharmonisation en matire de contrle des demandeurs dasile entre les tats-Unis et le Canada se sont multiplis. Les dernires initiatives en ce sens dmontrent une volont plus ferme dinstitutionnaliser cette coopration. Lentente de coopration sur la scurit des frontires et le contrle de la migration rgionale avec les tats-Unis sign par le gouvernement canadien le 3 dcembre 2001 vise cordonner les politiques dattribution de visas entre les deux pays, amliorer le partage dinformation et la surveillance des frontires communes[115]. Laccord sur la Frontire Intelligente qui prvoyait entre autres les mises en place de laccord du tiers pays sr avec les tats-Unis, permet aussi dharmoniser les mcanismes de contrle[116]

Les efforts du gouvernement canadien pour raliser la  stratgie de la frontire multiple  encouragent non seulement lchange dinformation entre les deux pays mais aussi, la coopration afin de dsigner les tats pour lesquels des visas seront exigs[117]. La mise en place de diffrents dispositifs tel que Canpass, Nexus, Air and Freetrade[118] permet daccrotre la fluidit du trafic commercial et dacclrer le passage des voyageurs considrs  inoffensifs par ltat tout en filtrant ceux jugs menaant ou qui sont en possession de faux documents.[119]

Lasymtrie de pouvoir qui marque la relation des deux entits nationales ne remet pas en question la souverainet canadienne en matire dimmigration. Le contrle accru que procure cette collaboration permet au contraire ltat canadien de renforcer son autorit en dveloppant un plus grand pouvoir de contrle sur les entres territoriales. Ladaptation dans la pratique du gouvernement canadien aux pressions amricaines sinscrit dans une stratgie visant mieux protger ses intrts conomiques et politiques nationaux.[120].

Ltat Canadien a aussi dvelopp de nouvelles ententes de coopration bilatrale avec dautre pays occidentaux. En 2002, le Canada concluait des accords permettant de mieux contrler les demandeurs dasile en favorisant notamment lchange dinformation sur limmigration illgale et les individus inadmissibles pour des raisons criminelles et de scurit avec le Royaume-Uni, les Pays-Bas et lAustralie.[121] En mai 2002, le Canada ratifiait le Convention contre le crime transnational organis ainsi que les deux protocoles sy rattachant, lun contre le trafic des tres humains et lautre contre les rseaux criminels de passeurs. Ce sont de ces ententes quont dcoules les nouvelles pnalits contre les passeurs inclus dans la nouvelle loi.[122] Le pays fait aussi partie dun forum communment appel  le Processus du plan Puebla  qui regroupe plusieurs pays du continent amricain dont les tats-Unis, le Mexique et des pays dAmrique Centrale. Des reprsentants des diffrents gouvernements se sont rencontrs pour la premire fois en 1996 afin de dvelopper des solutions rgionales aux problmes dimmigration. Si ce forum aborde la question de la protection et des droits des migrants, son but ultime reste dassurer un meilleur contrle des flux migratoire.[123] En 2002, le ministre de la Citoyennet et de lImmigration prsidait le groupe de travail du G8 responsable de limmigration qui depuis les attentats du 11 septembre, ce travaille avec plus dintensit sur la standardisation des documents de voyage et lamlioration de la coopration dans la gestion des oprations et la partage de renseignements[124] afin de favoriser un meilleur contrle des frontires nationales.[125] Le Canada a ritr sa volont dutiliser ce forum pour favoriser la fluidit des dplacements tout en augmentant la scurit lors du Sommet de Sea Island aux tats-Unis en juin 2004. [126]

3. Repenser la lgitimit des contrles migratoires

Laugmentation massive du nombre de demandeurs dasile et leur exclusion croissante par le Canada et les autres tats occidentaux constitue lun des fardeaux les plus pesants de la contemporanit. Ne jouissant pas de la protection confre par la citoyennet nationale, les demandeurs dasile constituent des sujets vulnrables la domination et lexploitation. Les demandeurs dasile se retrouvent malgr eux dans un espace de non droit, basculant entre une citoyennet dont ils veulent se dbarrasser et une autre quils tentent dacqurir, privs dappartenance politique, dappartenance au monde.

Le resserrement des mcanismes de contrle par ltat bloquant lentre des demandeurs dasile au territoire canadien et au systme de dtermination du statut de rfugi contribue lrosion du droit fondamental   la vie, la libert et la scurit  des demandeurs dasile confr par la Charte Canadienne des Droits et Liberts. En risquant de les exposer la torture et la perscution, il remet en question la cohrence du systme de protection des rfugis[127] qui a, dans le pass, fait lorgueil du Canada.

A. Lrosion de la protection des rfugis :

La Loi sur lImmigration et la Protection des Rfugis permet ltat dexiger le dpart des demandeurs dasile interdits de territoire pour des motifs de grande criminalit[128], de scurit ou de violation des droits humains[129], de participation un rseau de passeurs ou de trafiquants dtre humains[130], ou contre qui un certificat de scurit a t mis[131] sans que ces derniers naient le droit de faire entendre leur cas devant la Commission de lImmigration et du Statut de Rfugi.

Ces dispositions constituent une dngation de la protection que devrait leur confrer larticle 7 de la Charte canadienne des Droits et Liberts Individuelles[132]. Cet article garantie  chacun le droit la vie, la libert et la scurit de sa personne  auquel  il ne peut tre port atteinte () quen conformit avec les principes de justice fondamentale.

Dans larrt Singh[133], la Cour Suprme du Canada reconnaissait que la protection de larticle 7 sapplique tout individu se trouvant sur le territoire canadien et de ce fait, soumis la loi, nonobstant son statut au pays. Ainsi, le fait dtre assujetti la loi canadienne devrait emporter comme corollaire le droit de se rclamer dun certain respect quelle confre.[134] M. le juge en chef Dickson tabli que de ne pas donner au revendicateur du statut de rfugi  une possibilit suffisante dexposer sa cause ()  en risquant ainsi de le renvoyer dans un pays ou il risque pour sa vie et sa libert met en danger sa scurit et est contraire au principe de justice fondamentale tel quintgr larticle 7 [135].

La majorit des dcisions subsquentes de la Cour Fdrale dAppel du Canada sont leffet que lexclusion par ltat dun demandeur dasile du processus de dtermination du statut de rfugi met fin au droit de se rclamer de la protection de larticle 7 de la Charte[136]. Mais une telle interprtation semble faire fi du principe de non refoulement, qui toujours selon le jugement de Cour Suprme dans larrt Singh, quivaut lui seul un violation du droit la scurit que confre larticle 7 de la Charte. Le principe de non refoulement est explicit dans larticle 33 de la Convention de Genve qui stipule qu aucun des tats contractants nexpulsera ou ne refoulera, de quelque manire que ce soit, un rfugi sur les frontires des territoires o sa vie ou sa libert est menace en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalit, de son appartenance un certain groupe social ou de ses opinions politiques. La Convention de Genve de 1951 relative au statut de rfugi [137]et son protocole de 1967 [138] ont t inclus dans la loi canadienne en 1976[139] et ont t raffirm dans lactuelle Loi sur lImmigration et la Protection des Rfugis. Le principe de non refoulement est intgr dans la nouvelle loi larticle 115(1).

Lirrecevabilit dun demandeur dasile au processus de dtermination du statut rfugi peut constituer une violation du principe de non refoulement et consquemment du droit la scurit confr larticle 7, puisque ltat prend le risque de renvoyer lindividu dans un pays dans lequel il risque d tre perscut[140]. Les demandeurs dasile viss par les clauses dirrecevabilit pour grande criminalit ou pour raison de scurit sont, selon la loi, exclus de la protection confre par le principe de non refoulement[141]. La Section F de larticle premier de la Convention des Nations Unis relative au statut de rfugi permet en effet une telle exclusion[142].

La Loi sur lImmigration et la Protection des Rfugis fait aussi rfrence la responsabilit du Canada envers les demandeurs dasile risquant la torture dans leur pays dorigine et qui dcoule de la ratification par le gouvernement en 1984, de la Convention contre la Torture[143]. Contrairement la Convention de Genve, elle ne retire pas la protection contre la torture aux demandeurs dasile posant des risques pour la scurit ou rputs criminels[144]. En exigeant ainsi le renvoi dun demandeur dasile jug irrecevable sans que ce dernier nait pu tre entendu, le gouvernement canadien risque dexpos ce dernier la torture ou des peines ou traitements cruels et inusits, en contravention la Convention quil a lui-mme ratifi et incorpor dans sa lgislation.

Pour pallier cette lacune, la nouvelle loi prvoit que les demandeurs jugs irrecevables puissent bnficier de l  examen de risque avant renvoi [145]. Cette demande de protection laquelle ont accs les demandeurs dasile exclus du processus de dtermination du statut de rfugi doit thoriquement leur offrir une boue de secours. Elle vise viter quils ne soient renvoys sans que les risques de torture ou autres peines ou traitements cruels et inusits auxquels ils seraient exposs naient t valus. Mais ce recours qui consiste en une demande crite soulve des questionnements quant au respect du principe de lquit procdurale. Dans larrt Singh, Madame la Juge Wilson dclare que la protection contre les risques de perscution sont dune importance si fondamentale quil serait difficile de concevoir une situation ou une demande crite plutt quune audience serait ncessaire pour que lquit procdurale soit respecte[146]. Le mme raisonnement peut sappliquer au risque de torture et de peines ou traitements cruels et inusits. Que ce recours crit et valu par des agents de ltat permette rellement au demandeur dasile dexposer son besoin de protection est loin dtre assur.

Le trs faible taux dacceptation de demandeurs dasile depuis la mise en application de lexamen de risque avant renvoi[147] fait douter de sa capacit de ce mcanisme prvenir, de manire infaillible, tout renvoi vers la perscution ou la torture. Le gouvernement a de plus fait part de sa volont de le supprimer entirement.[148] Le mcanisme dappel dont fait mention la loi canadienne na pour sa part, jamais t mis en place.

Le resserrement des mcanismes de contrle extra territoriaux permettant dintercepter les demandeurs dasile avant leur arrive aux frontires canadiennes menace aussi la protection des rfugis. En empchant les demandeurs dasile de se rendre sur le territoire canadien sans sassurer au pralable quils ne risquent pas dtre perscuts pour un motif numr la Convention de Genve, ltat canadien viole le principe de non refoulement et risque de renvoyer le demandeur vers la torture.[149]

La question de savoir si ces principes sappliquent aux demandeurs dasile lextrieur dun tat ne fait pas lunanimit. Dans larrt Sale v. Haitian Centers Councils Inc[150], la Cour Suprme des tats-Unis retient que le principe de non refoulement ne sapplique pas aux demandeurs dasile qui se trouvent lextrieur des frontires. Mais le droit international semble supporter la responsabilisation extraterritoriale des tats.[151]  Le principe de non refoulement compris dans la Convention de Genve tout comme la Convention contre la torture ne font rfrence aucune limite territoriale.[152]

B. La responsabilit de ltat face aux demandeurs dasile :

En exerant des contrles indiffrencis, les tats occidentaux ngligent de confrer le statut de rfugi tout demandeur dasile dont lhistoire de perscution correspond la dfinition de la Convention de Genve, remettant ainsi en question la cohrence mme du rgime international de protection des rfugis.[153] Ltat canadien possde une responsabilit face ces individus.[154]

Mais devant lafflux massif de demandeurs dasile, ltat considre de plus en plus leur demande de protection comme une menace sa souverainet. Dans larrt Chiarelli[155], la Cour Suprme soutient que dacqurir la citoyennet canadienne constitue un privilge et non un droit et que la justice fondamentale mme doit tre interprte en regard des principes prvalant en droit de limmigration. Le principe le plus fondamental du droit de limmigration veut que les non citoyens naient pas un droit absolu dentrer et de demeurer au pays () Le Parlement a donc le droit dadopter une politique en matire dimmigration et de lgifrer en prescrivant les conditions remplir par les non citoyens pour quils leur soit permis dentrer au Canada et dy demeurer .[156] En droit international, il nexiste pas non plus dobligation forant les tats admettre des rfugis sur leur territoire.[157] Dans larrt Suresh,[158] si la Cour Suprme affirme que de renvoyer un individu dans un pays dans lequel il risque la torture peut constituer une violation de larticle 7 de la Charte Canadienne des Droits et Liberts et du principe de justice fondamentale, elle rajoute nanmoins que ce droit doit tre balanc avec les intrts de la scurit nationale[159].

Cette approche est appuye par les tenants de la thorie communautariste[160] selon laquelle la mise en place des contrles tatiques se justifie par le droit lautodtermination des populations. Le maintien des particularits culturelles et identitaires des citoyens dun pays et le souci du bon fonctionnement des institutions nationales rendrait lgitime le recours la coercition contre les demandeurs dasile. Dans cette perspective, le rle premier de ltat consiste veiller au bon fonctionnement et la scurit de la communaut nationale. Nappartenant pas la mme communaut politique, les demandeurs dasile ne pourraient se rclamer des mmes droits que les citoyens.[161] La protection des droits et liberts fondamentales serait rserve aux membres de la nation.[162] La mise en place des contrles migratoires serait aussi bnfique parce que contribuant prvenir les ractions xnophobes que la population dvelopperait assurment devant l'afflux massif d'trangers menaant leur culture et leurs intrts.[163]

Cette approche omet nanmoins de considrer lhtrognit tant culturelle que juridique qui caractrise les socits occidentales contemporaines et la responsabilit de ltat dans lexclusion des rfugis. Limmigration et le mtissage ont favoris la multiplicit des identits au sein dun mme tat, de faon ce quil soit dornavant impossible dopposer la volont dune seule et mme nation celle des trangers. Limposition par ltat dun statut juridique flou aux revendicateurs du statut de rfugi en attente dune rponse leur demande, et toute les personnes ayant t dboutes contribue accentuer leur vulnrabilit.

Selon le principe de justice distributive que dfend la thorie galitariste globale[164], le droit des demandeurs dasile dobtenir un traitement quitable aux autres citoyens dpasse de loin les intrts de la communaut nationale. Largument du maintien de la culture et des institutions ne pourrait donc servir lgitimer les contrles migratoires : leur mise en place contredit les valeurs librales de justice universelle et dgalit sur lesquelles reposent le fondements mme de ltat moderne. Puisque le fait de natre citoyen d'un pays autoritaire, pauvre ou dvast plutt que d'un pays paisible et bien nanti ne constitue que le fruit du hasard, il n'existe aucune raison pour que les tats occidentaux ne perptuent ces injustices en refusant l'accs au territoire et la citoyennet aux moins fortuns, au profit de ceux que le destin a dj favoris.[165]

Selon certains libraux,[166] il est possible de soutenir un plaidoyer lgitimant la mise en place des contrles migratoires sans remettre en question les principes de justice et dgalit. La reconnaissance du principe dgalit entre les individus nengagerait pas ncessairement le traitement quitable de ces derniers. Il serait irraliste dimaginer que les tats les mieux nantis puissent traiter lensemble de la population mondiale galitairement. Louverture des frontires des pays Occidentaux mnerait assurment leffondrement de leur systme. Aucun tat ne serait tenu de respecter une obligation morale en cas dimpossibilit.[167] Ainsi, laccueil des demandeurs dasile constituerait un acte de gnrosit dpendant de la bonne volont des tats. Il nexisterait donc pas de responsabilit absolue des pays occidentaux envers les autres pays. Bloquer les frontires aux demandeurs dasile constituerait en consquence un choix moralement lgitime.

De plus, lobligation de justice nexisterait que si rciproquement respecte[168] et reposerait sur le partage dinstitutions communes et dune appartenance politique. La responsabilit des tats occidentaux envers les individus provenant dautres pays nest nanmoins rgi par aucune institution et ne constituerait pas un argument valable pour remettre en question la lgitimit des contrles migratoires. Comme le soutiennent les galitaristes globaux,[169] largument dimpossibilit dfendu par les libraux classiques constitue nanmoins un moyen commode pour les tats occidentaux de masquer leur absence de volont partager leurs privilge, leur richesse et leur pouvoir et dmontre la complaisance de plusieurs citoyens devant la perptuation des ingalits mondiales. Sil est vrai quun ouverture complte et brutale des frontires mnerait au chaos, les tats occidentaux sont nanmoins en mesure daccueillir plus de demandeurs dasile quil ne le font actuellement.[170]

Ainsi, dnoncer le caractre utopique de lide douverture des frontires et clamer limpossibilit darriver une complte galit ne lgitime aucunement le fait que lon agisse lencontre de cet idal, par ldification dobstacles aux demandeurs dasile. Laccueil des demandeurs dasile est une question de justice fondamentale plutt que de la bonne volont des tats. Cet accueil constitue un devoir des tats Occidentaux afin de contribuer rtablir une situation dingalit mondiale. Par leur pass de colonialisme, leur participation un systme conomique global dont ils tirent avantage et qui favorise loppression et entrane la pauvret, par leur engagement dans certaines guerres, les tats Occidentaux contribuent crer des situations dingalit qui les rendent en grande partie responsables de la prsence de demandeurs dasile sur leur territoire.

Le fait de favoriser les personnes de notre propre communaut politique ne justifie pas pour autant que lon exclu de potentiels rfugis par le biais de lrection de contrles migratoires. Le problme de la pauvret nest pas imputable la prsence de demandeurs dasile mais plutt aux orientations politiques prises et au manque de volont du gouvernement et de certains acteurs privs les rgler.

La libre circulation des personnes ne constitue pas une solution aux problmes dingalits mondiales et ne rglera pas elle seule, les problmes de pauvret[171]. De mme que dans un monde idal de justice, la question des rfugis ne se poserait pas[172]. Mais si lide douvrir les frontires aux demandeurs dasile soppose au schme de rfrence de la plupart des administrateurs publics, elle reste nanmoins un idal vers lequel il faudrait tendre dans la mise en place des politiques publiques.[173] Lidal de libre circulation permet de penser moralement les politiques actuelles de ltat dun point de vue moral et de remettre en question la lgitimit des contrles migratoires, pris pour acquis par plusieurs dentre nous.

Il devient primordial de redonner lide de citoyennet un sens plus inclusif et de crer un espace qui reconnatrait lexprience subjective de chaque rfugi.[174] La tendance des tats occidentaux sriger en forteresse et lgitimer lexclusion des rfugis et la privation de leurs droits fondamentaux par lidologie scuritaire nest pas viable long terme. Le cynisme et le mcontentement dun plus grande nombre de laisser pour compte, dexclus et de sans statuts risque de remettre en question la lgitimit de son pouvoir de contrle. Elle accrot le cynisme dune partie croissante de ses citoyens dont les relations familiales, professionnelles et amicales ainsi que les membres de la diaspora habitent dornavant aux lensemble du globe.

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[1] Loi sur lImmigration et la Protection des Rfugis (LIPR), LC 2001.

[2] Voir notamment Peter Andreas et T. Snyder (dir), The Wall Around the West, Lanham, Rowman and Littlefield Publishers, 2000; Christopher W Rudolph,. Globalization, sovereignty, and migration: A conceptual framework (1998) 3(2) UCLA J. Intl L. & Foreign Aff . 325; Guiraudon, Virginie et C. Joppke, dir., Controlling a New Migration World, New York, Routledge, 2001, [Guiraudon, Globalization]

[3] Guiraudon, ibid.; Jeanette Money. Human Rights Norms and Immigration Control (1998) 3(2) UCLA J. Intl L. & Foreign Aff . 492. [Money, Human Rights Norms]

[4] Voir notamment Anthony Richmond, 1994. Global Apartheid: Refugees, Racism and the New World Order, Ontario, Oxford University Press. 1994, la page 64.

States continue to pursue policies that are in their own collective self interest, including the protection of their own economic system, education, housing, health and welfare services, and their political borders. Draconian enforcement measures are used by most governments against those perceived as illegal immigrants and overstayers

[5] Voir Robinson, idem. Selon Robinson, dans les annes 70, les rfugis reprsentent encore pour les gouvernements occidentaux un problme humanitaire rgler, alors que les annes 80 et 90 les voient progressivement passer au rang de menace directe la scurit nationale.

[6] Ronald D. Crelinstein. The Discourse and Practice of Counter-Terrorism in Liberal Democracies (1998) 44(1) Australian Journal of Politics and History. 389.

[7] Voir notamment Sharrryn J. Aiken. Manufacturing terrorists : Refugees, national security and Canadian law. (2002) 19(3) Refuges. 54 [Aiken, Manufacturing terrorists].

[8] Voir notamment Miller, International Migration, supra note 5 la page 25.

[9] Voir notament Manuel Castells. Le pouvoir de lidentit, Paris, Fayard, 1999, la page 41.

[10] Voir notamment Sharrryn J. Aiken. Manufacturing terrorists : Refugees, national security and Canadian law. (2002) 19(3) Refuges. 54 [Aiken, Manufacturing terrorists].

[11] Voir notamment Anne Dawson, Between Friends The Toronto Sun. 17 novembre 2001.

[12] Voir Whitaker, Reg. Refugee Policy after September 11: Not Much New (2002) 20(4) Refuges, [ Whitaker, Refugee Policy ] la page 30.

Thus there has been a very strong populist reaction to the evidence of the abuse of the refugee system by terrorists intent upon turning the Wests liberal institutions against in a particular horrendous ways. That these have been very few in number set against the far larger numbers of genuine and deserving refugees is an argument with relatively little purchase on the popular imagination, even though it is an argument that must be mentioned in the interest of fairness.

 

[13] Voir Audrey Macklin. Borderline Security. dans Daniels et al. dir., The Security of Freedom: Essays on Canadas Anti-Terrorism Bill, Toronto, University of Toronto Press, 2001 [Macklin, Borderline Security], la page 388.

Like a deranged man who compulsively confesses to crimes he did not commit, a coterie of Canadian media commentators and right wing politicians have tripped over each other in the rush to blame Canadas allegedly law refugee policies for September 11 in particular and global terrorism in general.

 

[14] Voir Franois Crpeau. Le contrle des frontires: le risque dune mise en cause de ltat de droit dans J. Renaud et al, Les relations ethniques en question, Montral, Les Presses de lUniversit de Montral, 2002, [ Crpeau, le contrle], la page 43 : Depuis les vnements tragiques du 11 septembre, le Canada a t la cible de plusieurs critiques. Plusieurs pays lont accus dtre une passoire pour les terroristes et davoir des lois trop laxistes lorsquil sagit daccepter les immigrants et les rfugis

 

[15] Voir Yasmeen Abu Laban et C. Gabriel. Selling diversity. Ontario, Broadview, 2002 Press, [ Abu Laban, Selling Diversity], la page 21: Selon Abu Laban et Gabriel, le nolibralisme signifie aussi ladhrence des principes thiques particuliers tel que le libre march, la rentabilit et lefficience conomique, la responsabilit individuelle, la comptition et le consumrisme. Il critique la lourdeur de la bureaucratie, les dpenses quengendrent les services publics et la grosseur dmesure de ltat. Il met lemphase sur la ncessit de couper dans les services publics.

 

[16] Voir Robinson, Security, supra note 5, la page 79. () As many political parties in the West championed market forces and emphasized individual responsibility, compassion fatigue began to set in. Governments and their electorates exhibited a growing indifference to the plight of others, including refugees, especially black refugees.

 

[17] Voir Macklin, Borderline Security, supra note 14, la page 390.

The upshot of freer trade and less government is the quantitative and qualitative decline in resources allocated to veiling increased members of border-crossers. One concrete example concerns refugee claimants;

Voir aussi Maria McClintock, Big Bucks Wanted on Border, The Toronto Sun (28 octobre 2001).

Over the past decades, the immigration department has undergone two rounds of serious downsizing that have reduced immigration staff- including officers- by almost half

Voir aussi Ottawa, Ministre des finances, Facts Sheets: Budget 1995. Fvrier.

Selon ce rapport, en 1995, le budget du ministre de la Citoyennet et de lImmigration a t rduit de 62 millions.

 

[18] McClintock, ibid.

 

[19] Voir Abu Laban, Selling Diversity, supra note 16 .

Selon Abu Laban et Gabriel , pour rpondre aux exigences conomiques globales , le gouvernement canadien a, dans les dernires dcennies, repens la dfinition idale de la citoyennet en mettant dornavant plus demphase sur le critre de productivit. Cette rinterprtation a conduit ce que les auteurs considrent tre une marchandisation  de limmigration.

 

[20] Voir Stphane Roussel. Le Canada et le primtre de scurit Nord Amricain: Scurit, souverainet ou prosprit?, (Avril 2002), Options Politiques. 15, [ Roussel, Le Canada et le primtre], la page 17.

Depuis le milieu des annes 90, soit depuis que les mesures asymtriques sont devenues une priorit pour le gouvernement amricain, la rumeur selon laquelle les Canadiens font preuve de laxisme en matire des scurit () commence se rpandre aux tats-Unis

Howard Adelman. Canadian Borders and Immigration post 9/11, (2002) 36(1) The International Migration Review. 15. [Adelman, Canadian Borders].

Selon Adelman, deux vnements majeurs ont particip la perception que les politiques du Canada en matire de contrle des demandeurs dasile pouvaient nuire la scurit amricaine. Le premier est le bombardement du World Trade et le fait que ses auteurs aient pu user de documents dimmigration canadiens falsifis. Le deuxime est larrestation dAhmed Ressam la frontire en 1999. Cet algrien qui navait pas obtenu le statut de rfugi au Canada mais qui y vivait illgalement se rendait vers les Etats-Unis dans un vhicule rempli dexplosifs.

 

[21] Crpeau, le contrle, supra note 15, la page 43.

Ladministration amricaine de Georges W. Bush souhaiterait une harmonisation des lois, des rglements et des procdures sur limmigration, la scurit et les douanes entre les deux pays  () cela fait craindre () de voir le gant amricain imposer son approche rpressive en matire de traitement des rfugis et de remette en cause la souverainet canadienne

 

[22] Voir Crpeau, le contrle, supra note 15, la page 44.

Si, pour les tats-Unis, cest la scurit physique de la nation et de ses citoyens qui compte, puisquils sont la cible de ce terrorisme politique, le Canada chercherait plutt une scurit conomique: il aurait le souci de ne pas laisser les contre-mesures amricaines entraver le commerce canado amricain et dassurer une fluidit optimale dans la circulation des biens et des personnes la frontire

[23] Voir Whitaker, Refugee Policy , supra note 13, la page 30.

Moreover, pressures to intensify American Style security standards come not only from the United States, but, very importantly, from forces inside Canada, some bureaucratic, but many emanating from sections of civil society that find insistent expression in Parliament from the right-wing parties, from provincial premiers and from the conservative medias

[24] Voir Olive, David. Security perimeter troublesome proposal; U.S. would dominate fortress North America,Ontario Edition, (5 novembre 2001)

Selon cet article, la Chambre de Commerce Canadienne, lAssociation des Exportateurs et Manufacturiers Canadiens, le Conseil canadien sur les affaires nationales (Business Council on National Issues) et le syndicat des camionneurs canadiens ont fait pression pour que le Canada adopte des mesures plus restrictives en matire dimmigration, pour satisfaire aux volonts amricaines et ne pas entraver le commerce avec les tats-Unis.

Cette position est bien exprime dans un rapport ralis par linstitut C.D. Howe la suite des attentats du 11 septembre.

Voir aussi J. L. Granatstein, J.L. A friendly agreement in advance: Canada-US defence relations past, present and future. The Border Papers. CD Howe Institute Commentary, 2002, la page 15.

Canadas links with the United States are key to our survival as an independent and sovereign state. If the Americans are unhappy with us, as they were in the days immediately after September 11, they have the capacity to bring our economy to a crashing halt simply by imposing lengthy delays at the border. With close to 90 percent of Canadian trade heading south -compared with a mere 25 percent of US trade that comes to Canada- Washingtons capacity to inflict pain and enforce compliance on Canada is boundless. Canadian policy must be devoted to keeping the elephant fed and happy

 

[25] Voir Olive, ibid. All that refrain has been echoed here by a number of provincial premiers, including Mike Harris, who have joined business leaders in calling for a crackdown that will defuse American concerns about the border

 

[26] Voir Tim Harper. No need to fence off the continent, Toronto Star. (12 octobre 2001).

Selon cet article, le parti rformiste sest son tour montr favorable lharmonisation des politiques dimmigration et de scurit avec les tats-Unis.

[27] Andrew Duffy CanWest News Service,  False travel papers curtailed. Tighter security chechs overseas credited with cutting fraudulent claims. , National Post (28 dcembre 2004).

[28]  Closing the Front Door on Refugees : Report on the First Year of the Safe Third Country Agreement , Canadian Council for Refugees, la page 3. En ligne :  http://www.web.net/~ccr/closingdoordec05.pdf  

[29] Ibid

[30] Ibid

[31] Ibid

[32] Voir notamment Macklin, Borderline Security, supra note 26.

[33] Ottawa, Citoyennet et Immigration Canada, Scurit Publique et Antiterrorisme ; rapport final ( septembre 2003) [ CIC,  Scurit Publique ].

[34] Ibid, la Section 2.0.  Le Ministre sest donn par cette stratgie lobjectif dlargir le contrle des entres en filtrant tous les voyageurs avant quils ne gagnent lAmrique du Nord. Dans ce contexte, la  frontire  sentend de tout point auquel il est possible de vrifier lidentit du voyageur 

[35] Andrew Brouwer et Judith Kumin. When Migration Control and Human Rights Collide (dcembre 2003) 21 (2) Refuge, 6, [ Brouwer, Migration Control ] la p. 8

[36]Voir Adelman, Canadian Borders, supra note 33.

[37] Thomson 2003

[38] Ottawa, Citoyennet et Immigration Canada. Les pays et territoires dont les citoyens ont besoin de visas de visiteur, ( 10 mai 2004).

[39] Voir Brouwer, Migration Control, supra note 44, la page 8

[40] CIC,  Scurit Publique , supra note 42.

[41] Ottawa, Security Intelligence Review Committee. Annual Reports 2001-2002 (2002), la page 3

[42] Ottawa, Citoyennet et Immigration. Performance Report 2001-2002 (2002), [CIC Performance Report 2002]

[43] Environ 11 000 demandeurs dasile arrivent au Canada en passant par les tats-Unis, soit environ 30% du nombre total de revendicateurs du statut de rfugi : Siri Agrell,  Ottawa defends asylum pact with U.S. Bid for greater control over flow of refugees , National Post, 30 dcembre 2004.

[44] Agreement between the government of Canada and the government of the United States of America for cooperation in the examination of refugee statut claims from national of third countries, art. 4.

[45] Nazare Albuquerque Abell, Safe country provisions in Canada and in the European Union : A Critical Assessment (1997), 31 (3) The International Migration Review. 569, la page 2.

Accordingly, this would stop the practice of asylum shopping  whereby an asylum seeker travels through two or more countries, because of rejection, to avoid refoulement or just out of preference for Canada

[46] Loi sur limmigration de 1976, R.S.C. 1985

[47] Ottawa, Ministre des Affaires trangres, Dclaration sur la frontire sre et intelligente (12 dcembre 2001)

[48] Gouvernement du Canada et gouvernement des tats-Unis. Pour la coopration en matire dexamen des demandes dasile prsentes par des ressortissants de tiers pays (28 juin 2002).

[49] Rglement modifiant le rglement sur lImmigration et la Protection des Rfugis, Gaz. C. 2002.I. 41.

[50] Ottawa, Citoyennet et Immigration Canada, Fact Sheet (5 septembre 2002, mise jour le 29 avril 2003.

[51] Ottawa, Canadian Border and Security Agency. Safe Third Country Agreement Comes Into Force Today. Communiqu de presse, 29 dcembre 2004.

[52] CIC Performance Report 2002, supra note 52, la page 5.

[53] Ibid

The Permanent Resident Card provides more secure and reliable information to verify the status of the cardholder and will reduce the number of illegal entries into Canada

[54] Maria Jimenez,  Tighter Security cited in refuge claim decline  Globe and Mail (12 aot 2004) A2.

[55] LIPR, supra note 55, art.37(1)

[56] Ibid, art. 37( 1) (a)

[57] Ibid, art. 37 (1) (b)

[58] Ibid, art. 40 (1) (a)

[59] Ibid, art. 40 (2)(a)

[60] Ibid, art. 35 (1) (b)

[61] Ibid, art. 35 (1)

[62] Ibid, art 36 (2) (d)

[63] Ibid, art. 48(2)

[64] Ibid, art. 49 (2) (a), (b)

[65] Ibid, art. 49 (2)

[66] Ibid, art. 100 (1)

[67] Ottawa, Citoyennet et Immigration Canada, Projet de loi C-11, Loi sur limmigration et la protection des rfugis : ce quil y a de nouveau dans la loi, (Juillet 2001), [CIC, Projet de loi C-11 ] la page 14

[68] LIPR, supra note 40, art. 36 (1)

[69] Ibid, art. 101 (1) (F)

[70] CIC, Projet de loi C-11, supra note 78

[71] LIPR, supra note 40, art 77 (1)

Le ministre et le solliciteur gnral du Canada dposent la Cour fdrale le certificat attestant qu'un rsident permanent ou qu'un tranger est interdit de territoire pour raison de scurit ou pour atteinte aux droits humains ou internationaux, grande criminalit ou criminalit organise pour qu'il en soit dispos au titre de l'article 80

[72] Ibid, art. 80 (1)

Le juge dcide du caractre raisonnable du certificat et, le cas chant, de la lgalit de la dcision du ministre, compte tenu des renseignements et autres lments de preuve dont il dispose.

[73] LIPR, supra note 40, art. 112 (2) (b)

[74] LIPR, supra note 40, art. 81.   Le certificat jug raisonnable fait foi de l'interdiction de territoire et constitue une mesure de renvoi en vigueur et sans appel, sans qu'il soit ncessaire de procder au contrle ou l'enqute; la personne vise ne peut ds lors demander la protection () 

[75] Guiraudon, Globalization, supra note 14, la page 32

[76] Gulya Lahav, dans Castles et Millers dir., The age of Migration. International Population Movement in the Modern World, New York, Guilford Press, 1998, la page 195

 

[77] Dorais, Sophie. Recension de  Securing Borders : Detention and Deportation in Canada  par Anna Pratt, Revue Canadienne Droit et Socit, publication prvue lt 2006.

[78] Ibid

[79] Ibid.

[80] LIPR, supra note 40, art. 55 (2) (a)

[81] Ibid, art. 55 (2) (b)

[82] CIC, Projet de loi  C-11, supra note 78, la page 8

[83] Citoyennet et Immigration Canada, Detention Statistics (du 15 juin 2003 au 27 dcembre 2003)

[84] LIPR, supra note 40, art. 57 (1)

[85] Ibid., art 57 (2)

[86] Ibid., art 57 (3)

[87] CIC, Projet de loi  C-11, supra note 78, la 9

[88] Observations dAction Rfugis Montral

[89] CIC Performance Report 2002, supra note 52, la page 5

The events of September 11 cast a public spotlight on CICs detention program, highlighting the positive role of judiciously applied detention practices in the Government of Canadas security agenda and response to terrorism 

[90] Ibid., la page 53.

Des annes 1996-1997 aux annes 2002-2003, ce nombre est pass de 6401 11 503 personnes, soit une augmentation de prs de 43 % du nombre de personnes dtenues. Aprs les attentats du 11 septembre, cette proportion a encore augment. In 2002-2003, CIC detained 11,503

[91] Canada Border Services Agency,  Departemental Performance Report 2003-2004 .

[92] CIC, Performance Report 2003, supra note 61, la page 26

[93] Ottawa. Citoyennet et Immigration Canada, Departmental Performance Report 1999-2000 (pour les statistiques de1995 1999) ;Departmental Performance Report 2000-2001 (pour les statistiques de 2000) ; Departmental Performance Report 2001-2002 (pour les statistiques de 2001).

[94] CIC, Performance Report 2003, supra note 61, la page 28

[95] LIPR, supra note 40, art. 117 (1), 117 (2) (a) (i), 117 (2) (a) (ii)

[96] Ibid., art. 117 (3)

[97] Ibid., art 117 (2) b ; CIC, Projet de loi  C-11, supra note 78.

La loi prvoit une peine maximale de10 ans plutt que de 5 ans et une peine maximale de 500 000$ plutt que de 100 000$

[98] Ibid., art. 118 (1)

[99] Ibid., art. 148

[100] Dcret 2003-2063, Gazette. C. 2003

[101] Ibid, (i)

[102] Ibid, (iii), (iv), (v)

[103] Ibid (vi)

[104] CIC,  Scurit Publique , supra note 42, la page 5

[105] Ibid.   Il a aussi largi les fonctions que ces agents exercent ltranger, leur confiant la tche de collaborer troitement avec les partenaires (transporteurs ariens, autres services dimmigration et dexcution de la loi, et autorits aroportuaires) afin de rduire le nombre des personnes qui arrivent au Canada sans tre munies des documents voulus.

[106] Voir Guiraudon, Globalization, supra note 14, la page 166. This multifaceted devolution of migration policy has not resulted in states losing control over migration. Rather it shows the adaptation of agencies within the central state apparatus in charge of migration control and their political allies. By sharing competence, states may have ceded exclusive autonomy yet they have done so to meet national policy goals, regaining sovereignty in another sense: capabilities to rule.

 

[107] Ottawa, Agence des services frontaliers du Canada, Renseignements de lImmigration : Migration Clandestine, la page 1

[108] Ibid.

[109] Ibid., la page 2.

[110] Ottawa, Agence des services frontaliers du Canada, Renseignements de lImmigration : Filtrage de cas, la page 1.

[111] CIC, Performance Report 2003, supra note 61, la page 23

[112] Ibid.

[113] CIC, Performance Report 2002, supra note 52.

[114] CIC, Performance Report 2003, supra note 61.

[115] Roussel, Le Canada et le primtre, supra note 33, la page16.

[116] We worked with our American partners on the Smart Border Agreement Declaration and Action Plan to ensure the safety of our common border with the United States (Canada Citizenship and Immigration 2002, 2 ).

[117] CIC, Performance Report 2002 , supra note 52.

[118] CIC, Performance Report 2003, supra note 61, la page 23.

[119] Ibid.

[120] Voir Roussel, Le Canada et le primtre, supra note 33, la page18 

Cest donc pour faciliter la gestion du trafic commercial que les Canadiens ont propos de rformer le systme de contrle frontalier et ont voqu linstauration du primtre de scurit

[121] CIC, Performance Report 2002 , supra note 52, la page 6

[122] Ibid.

[123] Melanie Nezer, The future of the puebla processs (1999), en ligne: Worldwide Refugee Information http://www.refugees.org

[124] CIC, Performance Report 2002 , supra note 52,

[125] Ibid, la page 7. Recognizing the increased importance of counter-terrorism efforts and global security after September 11, the migration working group focused on improved information sharing, travel document standards and operational cooperation.

[126] Le Canada veut favoriser  des dplacements internationaux srs et facilits, laquelle s'appuie sur les engagements en matire de scurit des transports pris lors du Sommet de Kananaskis et qui s'inspirent de l'Accord entre le Canada et les tats Unis sur la frontire intelligente. Ottawa, Ministre des Affaires trangres, Priorits mises de lavant au sommet du G-8 de 2004 (11 juin 2004)

[127] Voir James C. Hathaway et R. Alexander Neve. Justice and the Deflection of Refugees from Canada (1996) 34 Osgoode Hall L. J. 213, [ Hathaway, Justice and the Deflection ], la page 6

But the right of each refugee to decide where to ask for asylum affords at least those refugees with knowledge and mobility some degree of control over their own fate.  This is critical to the moral integrity of the refugee protection system

 

[128] LIPR, supra note 1, art. 36 (1)

[129] Ibid, art. 101 (1) (F)

[130] CIC, Projet de loi C-11, supra note 78

[131] LIPR, supra note 1, art. 112 (2) (b)

[132] Charte canadienne des droits et liberts, partie 1 de la Loi constitutionnelle de 1982, constituant lannexe B de la Loi de 1982 sur le Canada (R.-U.), article 7 

[133] Singh c. Ministre de lEmploi et de lImmigration, [1985] 1 R.C.S. 177 [Singh]

[134] James C. Hathaway et R. Alexander Neve. Justice and the Deflection of Refugees from Canada (1996) 34 Osgoode Hall L. J. 213, [ Hathaway, Justice and the Deflection ], au par. 29

[135] Singh, supra note 140.

[136] Hathaway, Justice and the Deflection, supra note 35, aux par.  36 et 37 In Berrahma v. Canada (Employment and Immigration), [See Note 40 below] the Court was faced with a claim that the Charter was offended by the portion of the eligibility procedure that denies access to previously refused refugee claimants who had been outside Canada for less than ninety days since their first claim was refused.  The Court held that the interposition of the eligibility stage effectively insulates the rejection of refugee claimants from constitutional review () The Federal Court of Appeal endorsed this formalistic hard line in Nguyen v. Canada (Employment and Immigration)

[137] Convention relative au statut de rfugi, 189 U.N.T.S. 150, entre en vigueur le 22 avril 1954, [ Convention de Genve]

[138] Protocole relatif au statut de rfugis, 606 U.N.T.S. 267, entr en vigueur le 4 octobre 1967.

[139] Loi sur limmigration de 1976, R.S.C. 1985

 

[140] Hathaway, Justice and the Deflection, supra note 35, au par. 46     

Refugee claimants physically present in Canada, even those not yet successful at the eligibility procedure, do therefore have the prima facie right, recognized in both domestic and international law, to argue their need for protection from refoulement, clearly an aspect of security of the person.  Canada remains bound to uphold this provision and cannot simply legislate around it.

[141] LIPR, supra note 40, art. 115(2) (a) et 115 (2) (b)

[142] [ Convention de Genve], supra note 144, art. 1, Section F.

Les dispositions de cette Convention ne seront pas applicables aux personnes dont on aura des raisons srieuses de penser :a) Qu'elles ont commis un crime contre la paix, un crime de guerre ou un crime contre l'humanit, au sens des instruments internationaux labors pour prvoir des dispositions relatives ces crimes; b) Qu'elles ont commis un crime grave de droit commun en dehors du pays d'accueil avant d'y tre admises comme rfugis;

 

[143] Convention contre la torture et autres peines ou traitements Cruels, Inhumains, ou Dgradants, Adopte en Ouverte la Signature, la Ratification et Ladhsion par lAssemble Gnrale dans sa Rsolution 39/46 du 10 dcembre 1984, Entre en vigueur le 26 juin 1987, conformment aux dispositions de larticle 27 (1).

 

[144] Tom Clark et Franois Crpeau,   Mainstreaming refugee rights. The 1951 Convention and international human rights law (1999) 4(17) Netherlands Quaterly of Human Rights. [ Clark, Mainstreaming refugee rights]

 Article 3 of 1984 Convention against Torture extends the non-refoulement principle to encompass the absolute prohibition to return any person to a country where "there are substantial grounds for believing that he would be in danger of being subjected to torture". This applies whether or not the person "is a security risk or has been convicted of a serious crime and constitutes a public danger", which is the limitation on the protection of a refugee from expulsion under the 1951 Refugee Convention.

[145] LIPR, supra note 1, art. 112 (1)

[146] Hathaway, Justice and the Deflection, supra note 35, au par. 84

While Wilson J. concluded that fundamental justice might not require an oral hearing in every case, she was clear that refugee claimants must be provided with an adequate opportunity to state their case and know the case that has to be met.

[147] Le taux dacceptation national lExamen de Risque avant Renvoi pour 2003 est de 3,2%

Ottawa, Citoyennet et Immigration Canada, Statistiques pour lexamen de risque avant Renvoi (1er janvier au 31 dcembre 2003.

[148] Voir  Sgro to Curb Refugee Claimants appeals. Ottawa plans to overhaul refugee system Toronto Star (26 juillet 2004)

[149] Voir Brouwer, Migration Control, supra note 44, la page 15

 In order to comply with the non-refoulement obligation, prior to removing the person to his or her country of origin, the state must satisfy itself that the intercepted person will not face persecution on a ground enumerated in the 1951 Refuge Convention, or torture upon return ; Voir Clark, Mainstreaming refugee rights

Refugee Later treaties, such as the 1969 American Convention (art. 22.8), extend this provision to all foreigners. EXCOM conclusions in 1997 and 1998 noted that, universally, the protection applies whether a person has been recognized as a refugee or not and that the protection includes protection from risk of torture.

[150] Sale v Haitian Center Councils Inc., 113 S. Ct. 2549, 125 L, 509 U.S. 155 (1993), cit dans Brouwer, Migration Control, supra note 44, la page 16

[151] Brouwer, Migration Control, supra note 44, la page 13 et 14.

With regard to extraterritorial application of international law, the Articles (on Responsibility of States for Internationally Wrongful Acts of the International Law Commission) clearly provide that state responsibility attaches to any internationally wrongful act that is properly attributable to the state. The place where such an act occurs is simply not a relevant consideration   In summary, at international law, no distinction is made for actions taken outside of state territory, nor for actions taken by those acting for or under the direction or control of the state when it comes to attribution of responsibility

[152]Voir Brouwer, ibid., supra note 44, la page 15

[153] Voir Hathaway, Justice and the Deflection, supra note 35, au paragraphe 7

[154] Voir Hathaway, ibid. , supra note 35, au paragraphe 132 : Perhaps the major difference between Canada and many other Northern states is that the Charter establishes a legal vehicle through which to ensure that these critical issues of principle are taken into account.  Rather than either lamenting our situation as cruel irony or wishing away inconvenient legal facts, Canada should accept the responsibilities toward refugees dictated by our core values. This does not mean that we cannot aspire to mitigate the inefficiencies of the international system of state-by-state, individuated refugee determination

[155] Canada (Ministre de lEmploi et de lImmigration) c Chiarelli [1992] I R.C.S. 711, [Chiarelli]

[156] Ibid.

[157] Michael Barutciski, Le militantisme juridique et le no-naturalisme face au droit international positif : les flux massifs de rfugis et la scurit nationale (2001). 14(1) Revue Qubcoise de Droit International. 38. la page 42

Les tats ont accept certaines normes particulires pour protger les personnes dplaces qui se trouvent en situation de dtresse. Cependant, une obligation sans quivoque et sans condition qui impose aux tats dadmettre les rfugis sur leur territoire 

[158] Suresh c. Canada (Ministre de la Citoyennet et de lImmigration), [2002] 1 R.C.S.

[159] Ibid, au par. 72.  Nous nexcluons pas la possibilit que, dans des circonstances exceptionnelles, une expulsion impliquant un risque de torture puisse tre justifie, soit au terme du processus de pondration requis par lart. 7 de la Charte soit au regard de larticle premier de celle-ci 

[160] Voir notamment Michael Walzer. Spheres of Justice: A defence of Pluralism and Equity. New York, Basic Books, 1983, cit dans Myron Weiner, Ethics, National Sovereignty and the Control of Immigration, 3(1) International Migration Review, [Walzer, Spheres of Justice]

[161] Voir notamment Donald Galloway, Strangers and Members: Equality in an Immigration Setting (1994) 7 Can J.L. & Juris 149, [ Galloway, Strangers and Members], la page 179

The stranger who arrives at the border claiming a political right to the same advantages of membership as a citizen will meet a state apparatus which appears to be deaf to all political rights except those of members

[162] Voir notamment Galloway, Ibid, la page 181.

  Constitutional rights, such as equality rights, can be thought to exist in order to safeguard individual members from oppressive treatment from the state as it attempts to order social relations.  Their expression in the Charter is a reminder that the legitimacy of the state is tied to its treatment of members.  Likewise, the scope of these rights is circumscribed by the fact that they are grounded on the understanding that they are vested only in members of a political community.  

[163] De l'abolition des contrles tatiques ne rsulterait donc pas, selon Michael Walzer, un monde sans murs mais plutt des milliers de minuscules forteresses dfendus par diffrents groupes de citoyens Walzer, Spheres of Justice, supra note 62

[164] Voir notamment Joseph Carens, Reconsidering open borders (1999) 33(4) The International Migration Review. 1. [Carens, Reconsidering open borders]

[165] Galloway, Strangers and Members, supra note 63, la page 161

More generally, liberal theorists who endorse the immigration process are challenged either to construct a universalist theory of rights together with a set of qualifications which would justify the control of borders, or to face the apparent paradoxes [See Note 9 below] which are created by jettisoning the universal in favour of principles which are unabashedly culturally relative, which define the political universe as territorially circumscribed, and which thereby exclude outsiders from consideration as moral subjects.

[166] Voir Jonh Isbister, A liberal argument for border controls: reply to Carens (1999) 33(4) International Migration Review. 629. [ Isbister, A liberal argument]

[167] Ibid.

[168] Isbister, a liberal argument, supra note 172.

[169] Carens, Reconsidering Open Borders, supra note 71.

[170] Hathaway, Justice and the Deflection, supra note 35, au par. 120

  In fact the per capita ratio of refugee claimants to population in Canada is already among the lowest in the industrialized world, and cannot even begin to compare with the reception rates in many extraordinarily poor, less developed countries:

[171] Ibid.

[172] Ibid.

[173] Ibid.

[174] Marie-Claire Caloz-Tschopp, Les Sans-tat dans la philosophie dHannah Arendt. Les humains superflus, le droit davoir des droits et la citoyennet. Lausanne, ditions Payot, 2000

 



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